6h du matin je n'arrivais plus à dormir, je repensais à ces deux dernières semaines ça tournait en boucle dans ma tête, tout était mélangé, je me contredisais sans cesse croyant que ce serait facile, c'est vrai elle avait prit tellement de place alors que je lui en avais laissé si peu. Je me comportais comme un idiot parce que je ne savais pas comment m'y prendre, je suis paumé elle a foutu un sacré bazar, pas seulement dans mes sentiments, il y a encore des vêtements à elle éparpillait, je n'arrive pas à les ranger ni à lui rendre, ça me fait sourire et j'ai l'impression qu'elle est là. Elle n'avait rien fait de mal, pourtant j'avais l'impression de la punir. Je me levais en titubant et dans la salle de bain me passa un jet d'eau froide sur le visage, je me regardais dans le miroir "t'as une sale mine mon gars" j'étais sorti hier soir histoire de me changer les idées, avec tous les problèmes qui s'accumulent en ce moment, entre mon nouveau poste de dirigeant j'ai la pression. Puis il y a mon banquier qui me harcèle parce que je n'arrive plus à rembourser mon prêt, il faut dire que malgré ma promotion, le salaire n'était pas la source de motivation, la grande direction m'avait prévenu : "le challenge est de réussir le pari de faire remonter les chiffres avant la fin de l'année, ensuite nous rediscuterons de votre salaire si tout se passe bien" , bin voyons. Et pour couronner le tout mon fils de 15 ans qui en plein dans sa crise de l'adolescence et fais tout voir à sa mère qui du coup déversait sa haine sur moi en me disant que si j'étais un meilleur père ça n'arriverait pas, si j'avais été plus présent il ne se comporterai surement par comme ça, nous avions divorcé d'un commun accord mais je crois qu'en réalité elle n'avait jamais digéré l'échec.
Je décidais d'appeler mon meilleur pote avec qui j'ai passé la soirée hier il devait se lever tôt pour aller bosser, il tenait une épicerie bio, une reconversion après 15 ans dans une boite de publicité il avait tout largué pour se mettre à son compte, je l'envie d'avoir eu ce courage. Il décrocha rapidement et ne me laissa pas le temps de commencer :
- Salut mec, pas trop dur le réveil ?
- M'en parle pas j'ai un mal de crâne phénoménal
- Tu te fou de moi tu n'as pas bu une goute d'alcool et t'es rentré à minuit !
- Ouais j'ai pourtant l'impression d'avoir 2grammes.
- C'est l'effet que ça fait mon gars, la gueule de bois amoureuse !
- Qu'est-ce que tu racontes ? Je te l'ai dit je m'en fou de cette fille, c'est terminé, je passe à autre chose, je ne la reverrai plus, je ne veux pas qu'elle souffre à cause d'un type comme moi elle va reprendre sa vie et moi la mienne et ce sera très bien comme ça.
- Ah, c'est donc à ce point là !
- Quoi donc ?
- Que tu l'aime !
Je lui raccrochais au nez. Ce mec est comme mon frère, il me connait plus que moi-même et ça m'énerve parfois.
Nous n'en avons pas parlé de la soirée, d'elle ... Elle si douce qui est apparu brutalement dans ma vie comme une petite fée avec délicatesse, avec sa candeur m'a fait perdre la raison, moi qui m'était juré de ne jamais plus me laisser attendrir. Mais elle c'était le genre à faire fondre n'importe qui. On s'est connu sur le parking d'un supermarché, je lui ai embouti sa voiture, je me suis comporté comme un con en lui disant que je n'avais pas le temps et je lui ai laissé mes coordonées. Nous nous sommes revu pour le constat, je me suis excusais de mon comportement et elle me regarda avec ses grands yeux pour me dire "ce n'est pas grâve vous aviez sûrement passer une mauvaise journée et j'ai le plaisir de vous revoir aujourd'hui avec le sourire". Cette fille était la bienvaillance incarnée, un air enfantin et femme à la fois, entre force et fragilité, un visage angélique qui rien qu'avec un battement de cil pouvez vous faire faire tout ce qu'elle désire. Elle le savait mais n'en joué pas, c'est ce qui faisait son charme naturel.
"J'espère que tu ne m'envoutera pas" je lui avais dit ses mots quand nous sommes tombés dans les bras l'un de l'autre quelques semaines après, nous avions décidé de vivre une histoire, sans promesse, quelques temps, ça ne devait pas durer, mais le destin nous a rapproché sans rien précipiter, naturellement. Des instants magiques.
Tout ça pour lui dire à présent que ça ne pouvait plus continuer, qu'elle méritait mieux, je la fuyais autant qu'elle me courrait après, parce je ne m'attendais pas à ce qu'elle entre à ce point dans ma vie et surtout je me surprenais à ne pas vouloir qu'elle en sort. Pourquoi s'obtinait-elle à vouloir rester avec un homme comme moi ? Je n'avais rien à lui offrir, pourtant elle était toujours là. Ces derniers mois avaient été merveilleux, pourtant il y a deux semaines j'ai rompu le lien, il fallait que je prenne mes distances afin de régler mes soucis personnels, sauf qu'elle était dans ma tête, je n'avais pas le droit et je refusais d'y penser, je lui gâchais son avenir elle n'avait pas besoin de ça. J'avais même essayé de l'oublier dans les bras d'autres femmes, je voulais me persuader qu'elle n'était pas si importante que cela et que je ne ressentais rien, je voulais dans mon putain d'égo d'homme me prouver que je suis libre et que je ne lui appartiens pas et que quelque part j'étais capable de faire sans elle et qu'elle devra aussi faire sans moi. Je me suis voilé la face, et là dans le miroir mon reflet me crache à la tronche.
Hier soir elle m'a envoyé un message "tu me manque", rien de plus, simplement même pas de ponctuation. Ce n'était pas dans ses habitudes, elle était plutôt du style à me faire des sous-entendus, c'est son côté réservé, je voyais bien comme je l'intimidais encore et qu'elle s'efforcait de me faire comprendre les choses subtilement. Elle devait être désespérée au point d'aller à l'essentiel et je n'ai même pas daigné lui répondre. Je prit mon téléphone et j'écrivais sans prendre le temps de respirer : "tu me manque aussi viens me rejoindre, viens allons vivre cette aventure qui nous mènera je ne sais pas où, j'ai besoin d'aller nulle part et je veux t'emmener avec moi." puis j'effaçais tout d'un coup pour taper : "Je suis désolé de ne pas t'avoir répondu, je ne sais pas quoi te dire, sois heureuse ça va passer." et je l'envoyais. Non mais quel idiot, je relis mes mots, franchement je suis nul en expression, je n'aurai rien dû répondre finalement, ça va lui faire encore plus de mal. Mais que pouvais-je bien dire ? Moi-même je ne savais pas où j'en étais, elle me rassurait sans cesse prétextant qu'elle se sentait bien, que notre relation prendrait le temps qu'il faudra et qu'elle n'avait besoin de rien plus, je n'avais soi disant rien à lui prouver. C'est vrai, je n'étais pas prêt à m'investir d'avantage, depuis mon divorce je n'arrivais plus à me projeter en couple, encore moins vivre avec quelqu'un, j'avais trop donné et j'avais juste envie égoïstement je sais, de penser à moi et seulement moi.
Sauf que quand ça ne va pas fort, c'est à elle que j'ai envie d'en parler, quand je suis heureux c'est avec elle que j'ai envie de le partager, mes moments de peine, mes réussites, mes échecs, même les petits trucs qui paraissent ridicules, j'aime bien lui raconter ce que j'ai fais, j'aime bien lui envoyer des photos, parfois on communique comme ça comme deux gosses et c'est fou comme ça me fait du bien, je me sens existé à travers elle, c'est peut-être pour ça que je fais l'homme transparent. Je l'avoue je me sens moins seul même quand elle n'est pas avec moi. Ca y est je recommence, à avoir des pensées que je ne dois pas avoir. Elle va m'oublier, même si elle me fait croire le contraire, elle va s'en remettre et moi je n'ai pas le choix je continuerai en veillant à ce qu'elle soit heureuse de loin, je la regarderai bâtir son futur sans moi et je suis sûr qu'elle est destinée à un bel avenir, savoir qu'elle va bien devrait me suffir.
Un bruit sourd me sort de ma rêverie, on frappe à ma porte, ce doit être le livreur j'attendais un colis ce matin. J'ouvre et je crois voir un miracle devant mes yeux, c'est elle, comme elle est belle, pâle et les yeux cernés, elle n'a pas dû beaucoup dormir, elle est encore dans son petit shorty, ses grandes chaussettes jusqu'aux cuisses et son débardeur, sa tenue pour dormir, ses yeux brillent et elle a l'air fatigué. Pourtant elle est plus belle que jamais, là devant moi fragile comme une fleur, j'ai envie de la serrer dans mes bras, la protéger, la rassurer, elle ne me laisse pas le temps d'agir :
- Maintenant tu vas m'écouter, j'ai eu ton message je n'arrivais plus à dormir je suis venue sans me poser de questions il fallait que je te parle, laisse moi te dire tout ce que j'ai sur le coeur, je n'en peux plus de me retenir par peur que tu fuis encore. Je n'ai plus rien à perdre puisque tu m'échappes, alors il faut que je te dise que non je n'y arrive pas, je ne peux pas croire que ça ne te fais rien, après tout ce que l'on a vécu, je vis je revis depuis que tu m'accompagnes, c'est plus seulement une histoire de sexe, de jeu, tu n'es pas juste là pour combler un manque et ma solitude, ouais je te le fais souvent croire et toi aussi. Regarde-moi bien dans les yeux, je ne veux pas que tu t'en aille, je ne veux pas que tu me laisse, pas là, pas comme ça, tu crois faire mon bonheur en me laissant partir mais je ne t'ai rien demandé, t'as rien compris ! Je ne te demande pas de me dire que tu m'aimes, de m'offrir des cadeaux, qu'on sort comme un couple, qu'on vit ensemble et qu'on fasse un beau mariage, je ne te demande pas de renoncer à ta liberté ni même de mettre fidèle, je n'ai pas besoin de mettre un nom à notre relation franchement je m'en fou, je peux vivre sans toi mais je n'en ai pas envie, de quel droit peux-tu choisir à ma place ? Je ne peux pas me résoudre à continuer sans ne plus pouvoir te raconter, rire, parler avec toi, tu vois je ne parle même pas d'amour, tu veux être seul mais pourtant je suis toujours là, tu reviens ou c'est moi qui reviens, on peut essayer de se mentir, de se faire croire que l'on n'est pas plus important l'un pour l'autre tu le sais c'est un leurre ! Alors ne me fais pas une crise d'éloignement soudainement pour me dire que c'était chouette mais voilà c'est bon on arrête ?! Oui je suis en colère parce que j'ai peur, je t'en pris serre-moi dis quelque chose fais quelque chose ne me laisse pas planter là je suis honteuse, gênée, affreuse dans mon pijama avec ma mine de zombie je viens à toi alors ne referme pas ta porte je ne sais pas ce que l'on va devenir toi et moi je m'en fiche le temps que l'on est là l'un pour l'autre, tu te mets des barrières je ne t'en veux pas aime moi pour le pire, déteste moi pour le meilleur, tu peux faire ce que tu veux je ne rennoncerai pas je te prouverai que ça vaut le coup, je te retiendrai autant que possible crois-moi je suis assez forte et tu ne m'aura pas si facilement, je ne sais pas pour combien d'année mais accorde-les moi.
Elle avait débité ses paroles avec sincérité je ne l'avais jamais entendu parler comme ça, du moins pas devant moi, pas dans cet état. Je n'étais pas capable de répondre, j'aurai aimé lui dire que j'étais faible et que sa présence était pour moi extraordinaire, qu'elle m'avait apporté sa joie de vivre et que je ne pouvais plus m'en passer. Que c'était un amour démesuré auquel je ne suis pas prêt mais que je ne peux pas contrôler, ou que je gère maladroitement mais que si elle arrive à l'accepter je m'efforcerai de ne pas lui faire de mal et d'être là. Mais je ne savais pas dire tout ça, alors je la prit dans mes bras et je la serrait de toutes mes forces je plantais mon regard, qui osais-je espérer en dirait long, et je finis par lui dire "viens ne reste pas là on risque de te voir".
Et j'avais envie de me foutre un coup poing en plein dans la gueule.