Il était 15h en plein été, dans le parc les rayons du soleil perçaient à travers les arbres aux feuilles vertes flamboyantes, on entendait les rires des enfants qui jouaient et chahutaient dans les toboggans, balançoires et autres jeux de suspensions. C'était un dimanche splendide, de nombreuses familles étaient de sortie. Abby observait sa fille qui courait vers les balancelles pour grimper sur un poney sur ressort et rire aux éclats. Ondine avait 5 ans, une petite fille aux grands yeux bleus de sa mère et la forme en amande de son père, des cheveux châtain clair au carré avec une petite frange qui lui donnait son air mutin. A chaque fois qu'elle regardait sa fille jouait si innocente et pleine de vie elle était éprise d'une nostalgie émouvante qui lui rappelait à quel point elle aussi s'était sentie revivre il y a quelques années, à la rencontre avec son père, combien sa présence avait rempli sa vie autant que son absence avait laissé un vide immense. L'enfant abandonna ses camarades pour venir en clopinant vers sa mère, elle était toujours de bonne humeur et expressive, un caractère déjà bien affirmé mais d'une grande générosité malgré qu'elle était fille unique. Elle s'approcha et faisait mine de vouloir dire un secret à sa mère la main à son oreille, elle demanda "Le petit garçon Robin m'a dit que son papa était parti habitait avec une autre madame parce qu'il n'aimait plus sa maman, toi aussi papa il t'a quitté parce qu'il ne t'aimait plus ?".
Flashback
C'était il y a 6 ans, ils s'étaient connu sur une plage un soir d'automne, elle avait décidé de faire une balade au bord de la mer, il n'y avait personne pourtant il faisait relativement beau, le soleil commençait à se coucher caché par quelques nuages, elle s'était mise en culotte les vêtements sur un chalet pour aller se baigner jusqu'à la taille. Surprise par les vagues elle riait de bon coeur, la mer était son domaine, là où elle arrivait à lâcher prise, d'une grande sensibilité la nature lui procurait des émotions fantastiques. Après avoir terminé le travail, elle était fleuriste, elle avait envie de s'évader un peu, elle aimait la solitude à force de côtoyer toute la journée du monde elle avait besoin de se retrouver avec elle-même.
Lui faisait un jogging sur le sable au même moment il l'avait aperçu de loin il n'en revenait pas, elle était seule au milieu de l'eau ne semblait pas avoir froid, elle s'amusait même, il se demandait d'abord s'il ne s'agissait pas d'une enfant, elle était si frêle avec un visage candide, puis en s'approchant il aperçu ses courbes féminines, sa chute de rein avec une belle cambrure, ses fesses rebondies dans une petite culotte épousant parfaitement ses formes, une petite poitrine ronde en harmonie avec sa silhouette élancée. Il hésita à passer devant elle, il était gênait de perturber ce moment d'intimité et ne voulait pas gâcher le plaisir de la contempler en provoquant sa fuite. Mais il n'en fût rien, elle se détourna et son regard se posa sur lui, il avait ralenti sa course, elle l'observa : il était grand, brin, un physique dessiné avec des muscles fins, il portait un T-shirt moulant de couleur blanche et un short de sport bleu marine. Elle s'arrêta et un large sourire venait se dessiner sur ses lèvres. En quelques secondes une vague assez virulente venait la frapper et la faire basculer en arrière, elle tomba franchement dans la mer, il se mit à sa rescousse immédiatement la prenant dans ses bras pour l'aider à se relever. Elle toussota pour recracher de l'eau en feignant un signe de la main pour dire qu'elle allait bien, elle avait juste bu la tasse, et elle partie dans un rire tonitruant en s'excusant de l'avoir obligé à arrêter son jogging et qu'elle devait avoir l'air ridicule à moitié nue seule à faire la folle dans l'eau. Si proche il était en admiration devant les traits de son visage, il était envoûté, elle était jeune, il l'a trouvé naturelle, spontanée, certes un peu extravertie, mais cette personnalité hors du commun lui donnait un charme incroyable. C'est ainsi qu'avait débuté leur histoire, après l'avoir aidé et reconduit à sa voiture entourée d'une serviette le chauffage dans la voiture ils s'étaient installés pour bavarder pendant 2h sur leur vie et à refaire le monde, puis échanger leurs coordonnées et se retrouver dès le lendemain à la terrasse d'un café. Cela dura pendant 1 an, leur amour n'était pas démontré mais il était évident, démesuré, on pouvait le sentir à la tendresse qu'ils avaient l'un envers l'autre, la délicatesse qu'il avait quand il s'adressait à elle, le regard plein d'admiration qu'elle posait sur lui dès qu'il parlait, et un sourire qui ne les quittait jamais quand ils étaient tous les deux. Une histoire passionnante, simple, qui ne laissait aucun projet, une relation qui se construisait jour après jour, une découverte sans cesse de l'un et l'autre, de la surprise et le bonheur à chaque instant. Ils avaient la même conception de la vie, ce goût de l'aventure et du risque, que rien n'est prévisible et cette envie de profiter autant que possible, ils avaient un respect profond l'un pour l'autre, quand l'un n'allait pas bien l'autre le sentait tout de suite et était là pour le relever, ils n'étaient pas un couple collé, ils vivaient au gré de leur envie, et ils adoraient ensuite se retrouver pour se raconter leurs aventures, avec chacun leurs passions, leurs rêves car au-delà de leurs différences, ils se complétaient.
Pourtant un soir d'hiver où elle l'avait attendu chez elle, il n'était pas venu, ce n'était pas dans ses habitudes de ne pas prévenir, elle essaya de l'appeler en vain puis en sortant de chez elle trouva un mot au pas de sa porte. Son coeur tambourina si fort dans sa poitrine elle avait cette capacité à présager les choses, une hypersensibilité qu'elle ne savait pas toujours gérer, elle déplia la lettre et les larmes se mit à jaillir sur ses joues. Il était parti, sans ne laisser aucune adresse, aucun numéro, rien, sa seule explication était qu'il allait entamer une formation en alternance à l'étranger dans un zoo, pour avoir le métier dont il rêvait, qu'il l'aimait mais qu'il renonçait à eux, car sa vie était ailleurs et il ne voulait pas la contraindre et qu'elle se sente obliger de le suivre, car elle était heureuse ici, alors elle devait se battre et continuer sans lui, qu'il avait honte de la quitter ainsi mais qu'il avait peur, que cette année restera pour toujours en lui car elle avait été la plus merveilleuse qu'il n'avait jamais vécu, qu'elle l'avait transformé. Elle savait au fond depuis le début qu'un jour il voudrait s'éloigner, il voulait s'extrader depuis un moment, contrairement à elle qui était attachée à sa région, elle n'était pas prête à s'en aller du jour au lendemain, mais son amour pour lui aurait prit le dessus, aurait-elle était autant heureuse ? Elle ne peut pas le savoir mais auprès de lui elle aurait pu l'être véritablement. Il ne lui a pas laissé le choix.
Deux semaines passèrent, chaque soir elle allait courir sur cette plage pour finir par plonger dans la mer la tête immergée dans l'eau espérant qu'il vienne la sauver à nouveau. Depuis quelques matinées, elle était prise de nausées et de vertiges elle décida de consulter , elle pensa que c'était de la dépression elle que peut-être prendre des calmants lui permettrait de l'aider à passer cette épreuve douloureuse, elle ne s'était pas rendue compte qu'elle était en retard d'une semaine dans ses règles, un test confirma alors une grossesse entamait depuis 1 mois. Elle donna naissance à une magnifique petite fille de 2kg900 et de 48cm qu'elle nomma Ondine, un prénom qui prenait tout son sens puisqu'il signifie "vague" elle avait alors décider de donner tout son amour perdu à sa fille, le seul souvenir et lien qu'elle avait encore avec lui, son unique attache, la plus grande importance désormais de sa vie.
Elle sortie de sa rêverie, elle ne pouvait pas oublier cette année magique, ce déchirement ressenti lorsqu'elle avait lu cette lettre, l'espoir retrouvé quand elle su qu'elle attendait un enfant et le bonheur à la naissance de sa fille. Elle n'avait rien caché à Ondine, dès qu'elle fût en âge de poser des questions, Abby lui avait dit la vérité, elle lui parlait régulièrement de son père, à quel point il était merveilleux qu'il ignorait son existence et qu'un jour elles partiront ensemble à sa recherche.
Elle voyait le visage de cet homme qui se reflétait à travers les grands yeux de sa fille, elle tendit ses lèvres à l'oreille de sa progéniture, l’entoura de ses bras et avec douceur lui chuchota "non ma chérie ton père est parti parce qu'il m'aimait trop".
Un peu plus tard la mère et la fille rentrait chez elles à pied en chantonnant des comptines à tûe-tête, une nouvelle boutique venait d'ouvrir, c'était un magasin d’aquariophilie. Toutes les deux s'arrêtèrent pour observer les magnifiques poissons colorés exposés dans un aquarium géant en vitrine, il y en avait une vingtaine qui circulait à toute vitesse à travers les plantes et objets de décoration, Ondine était obnubilée par cette danse aquatique. Une affiche captiva l'attention d'Abby, c'était une conférence organisée par un célèbre zoologiste venant spécialement d'Australie pour quelques semaines dans une ville voisine. Ses yeux se posèrent sur la photo de l'individu et le sol se déroba autour d'elle, elle le reconnu immédiatement, le même visage un peu plus vieillit, les cheveux brins bien coiffé quoi que un peu plus court et ses yeux en forme de mandorle.
Ondine tira sur la chemise de sa mère :
- Maman ! Maman ! Viens voir le poisson il est trop rigolo.
Elle entendait mais était incapable de répondre, elle était ailleurs, dans une vague géante au bord de la mer.
- Mais maman tu regardes quoi là ?
Les yeux toujours rivés sur l'affiche elle répondit à sa fille :
- Ton destin, mon ange.
A.V